L’IA générative peut-elle remplacer les musiciens ?
1. Fut un temps, j’étais musicien…
Oui, j’avoue que d’entrée de jeu quand on m’a posé cette question j’étais sceptique. En effet, j’ai moi-même été musicien entre 1998 et 2008 et à l’époque on ne parlait pas d’intelligence artificielle ou de génération d’images et/ou de vidéos et/ou de sons. Seulement voilà, le temps passe vite et 16 ans plus tard ce n’est plus tout-à-fait la même histoire !
Allons donc essayer de comprendre ce qui a changé depuis et pourquoi il devient légitime de se poser la question initiale de cet article ! Tout d’abord, il faut garder à l’esprit que pour l’intelligence artificielle (IA) comme toutes les technologies qui ont le vent en poupe, cela ne dure généralement que si les applications de ces technologies parviennent à s’intégrer naturellement dans les usages.
Fatalement, vous aurez entendu quelque part parler de Chat GPT et peut-être aussi d’OpenAI, la boîte qui est à l’origine de GPT ? Bon, bah sinon sachez que le coup de comm’ a bien fonctionné et que de plus en plus de personnes utilisent Chat GPT pour des requêtes simples ou plus complexes.
En ce qui me concerne, GPT ça veut surtout dire que j’ai mangé mexicain avant (des z’haricots, Philippe, pour celles et ceux qui ont encore la référence) parce que j’ai encore un peu de mal à l’utiliser. En effet, il s’agit d’un système de « prompt » dans lequel il suffit de demander ce que l’on veut et GPT nous répond, avec des réponses soit pertinentes, soit totalement HIÉ…
2. L’avènement de l’IA et son fonctionnement
En fait, la pertinence des réponses dépend directement de qui pose la question et de comment elle est formulée. Un « Prompteur » avant c’était un panneau sur lequel défilait du texte. Maintenant, c’est quasiment un métier à part entière ! Quant à GPT, ce n’est que l’une des dizaines voire bientôt des centaines d’IA qui permettent de répondre à des questions et de générer du texte, des scripts et même des développements applicatifs simples !
Et à côté de GPT, on a la possibilité d’utiliser Midjourney pour générer des images à partir des descriptions textuelles (les fameux « prompts ») ou Dall-E qui est utilisé par Copilot de Microsoft… Et là, vous commencez à vous dire « Ok, on génère du texte et de l’image, le rapport avec la musique ? ». Eh bah j’y arrive ! Sachez avant qu’il existe même des outils pour générer de la vidéo et que c’est extrêmement prometteur dans la mesure où on peut vraiment faire des choses de plus en plus complètes à partir d’idées mises en formes. InVideo AI fait ça très bien par exemple mais il est loin d’être le seul !
Et alors, on génère du texte, des images, de la vidéo…Et même de la musique avec SUNO ! Et là, vous devriez commencer à être relativement sceptiques parce que la musique, ça fait partie des arts un peu particuliers pour lesquels il faut une certaine sensibilité notamment au niveau de la composition. D’ailleurs au-delà de ça, il y a quand même la question philosophique dominante qui devrait normalement arriver jusqu’à votre esprit pour peu que vous en possédiez un en bonne et due forme : Qu’est-ce qui nous différencie des Machines ?

SUNO, une plateforme de génération musicale
4. Prendre de la hauteur, du recul et considérer les choses sous un nouvel angle.
Bon, imaginons alors que je suis un musicien (je l’ai été, mais je jouais souvent désaccordé, c’est pour ça) et que je décide de faire une compo sur SUNO. Sachant que je peux prendre une gratte (guitare) et la faire moi-même, on est d’accord que l’intérêt est très limité ?
Bon, maintenant, si mon style de base à moi c’est le rock alternatif et que j’ai envie de composer du Heavy Metal. Est-ce que je vais y arriver ? Bah ça va dépendre de mon niveau, parce que le Heavy Metal c’est peut-être pas à la portée de toutes les oreilles mais techniquement c’est chaud… ça demande de la technique, de la dextérité et de la vélocité.
Ça ne veut pas dire que je ne finirais pas par y arriver à force d’entraînement mais ça va prendre du temps de s’y mettre. Admettons que je joue dans un groupe qui a un son pop-rock et que j’ai réussi à composer un morceau Heavy Metal épique voir hippique avec une licorne dedans…
Déjà tu vas voir la gueule des autres zikos tu vas comprendre que pour eux, c’est une véritable épreuve que tu leur fait subir au niveau des oreilles. Ensuite, soit tu as pris une canette de bière à la tête (parce qu’un vrai musicien, ça picole et ça fume du sh…. euh…Cliché ?) soit ils sont civilisés (c’est pas tous des punks non plus) et il te font comprendre que ta compo tu peux éventuellement te torcher avec si tu as écrit les paroles et/ou les partitions parce que ça ne va pas du tout coller avec le style du groupe.
Disparaît avec ta compo moisie, sale traître de métalleux !
Bref, tu vas finir frustré avec ta super compo que tu aurais bien voulu partager avec le groupe et tu vas la mettre dans une pochette sur le côté, à côté de l’enregistrement que tu t’es fait pour toi pour te rappeler que t’as composé une chanson un peu à part.
Une, deux, dix, une centaine…. Au bout d’un moment, t’as tellement de compos de côté qui sont inutilisées que tu pourrais en faire des albums pleins… Sauf que tout ça c’est à l’état de démo et que tes amis musiciens sont pas chaud pour faire autre chose que ce qu’ils savent faire. Ils sont quand même pas nombreux à te dire « Essayer un nouveau style musical ? Mais bien sûr, tous les jours ! ».
Et là, tu rencontres SUNO, et d’un coup tu te dis « Bah, si j’essayais de générer cette compo à travers ses paroles et le style que je voulais lui imputer à la base ? ». Tu règles ce que tu veux, tu lances et ensuite ça génère deux morceaux.
Quand tu as généré le morceau que tu avais en tête.. par l’IA.
Résultat ? La plupart du temps et si tu as bien fait ton prompt correctement, tes deux générations de base en comportent au moins une qui va te donner satisfaction parce qu’elle va te donner exactement ce que tu attendais. Une chanson de Heavy Metal que tu voulais faire mais que personne autour de toi n’avais envie ou n’était en capacité de jouer.
Alors est-ce que du coup, c’est juste un gadget pour musiciens frustrés ? Bah oui et non. Imagine que tu as envie d’écrire une chanson mais que tu ne sais pas jouer de la musique… Bah là t’as plus à te poser la question parce que SUNO va t’apporter l’aide nécessaire pour faire quelque chose qui soit potable voire très potable.
J’en rajoute peut-être un peu, non ?
6. L’apport du musicien à l’IA
Il faut d’abord qu’on précise une chose importante : L’IA ne compose pas d’elle-même. Elle assemble des éléments qui lui paraissent pertinents par rapport à ce qu’elle a analysé dans ce qui lui a été donné et ensuite elle fait des propositions. Quand je suis devant l’interface de SUNO, c’est moi qui lui dit ce que je veux et comment je le veux ; hors de question de lui laisser faire une génération complète à partir d’une simple idée !
Je lui donne des paroles et je choisis le ou les styles musicaux à employer. Ensuite, il me soumet deux générations et je choisis celle qui me parait la plus pertinente. Si sur 4 minutes j’estime qu’il n’y en a que 1 ou 2 qui sont bonnes, je vais étendre la chanson en faisant une coupure à partir de l’endroit où j’estime que c’est moins bon. Ensuite, je vais recommencer autant de fois que nécessaire pour obtenir la chanson que je souhaite.
Générer, Sélectionner, Recommencer… Edge of SUNO !
Alors après, je suis assez sélectif sur la tonalité et le style de la chanson, parce que concrètement je sais déjà ce que je souhaite obtenir même si je ne peux pas forcer l’IA à me le faire comme je le voudrais. Néanmoins, j’ai cru remarquer que la plupart du temps avec les paroles et le style musical approprié, la machine va souvent taper juste… J’ai même parfois l’impression que la machine analyse mes prompts au fur et à mesure et qu’elle a appris à connaître mes préférences musicales pour les structures non-linéaires avec des breaks, des ponts et des interludes instrumentales…
En vérité, quand on fait de la musique et particulièrement de la composition, on laisse toujours une petite partie de notre âme dans nos créations, que ce soit à travers les paroles et/ou la musique… On transcrit ce petit bout d’âme sous la forme d’ondes et soit vous y êtes réceptif, soit vous ne l’êtes pas. L’émotion authentique, c’est de ressentir ce petit bout de l’âme de celui ou celle qui a créé la chanson et ça fonctionne à partir du moment où il y a un certain alignement voire une certaine alchimie dans la conception d’un morceau.
Avouez que vous ne l’aviez pas vu venir… si ? ah bon !
Alors bien sûr, quand on est compositeur et qu’on a une réelle sensibilité par rapport à ça, on est totalement autorisé à croire et à dire que l’IA est dépourvue d’humanité et c’est vrai jusqu’à un certain point.
8. Et si on reconstruisant une musique à partir d’un extrait de vos démos ?
Quand SUNO a annoncé ça, j’étais dans un état quantique. À la fois incrédule et extrêmement enthousiaste. Parce que oui, faire de la génération de musique à partir de paroles c’est bien mais si en plus on arrive à lui donner l’idée de son qu’on voulait à l’origine pour la compo et qu’il arrive à s’en saisir pour la reconstruire et compléter les instruments qui manquent pour en faire quelque chose de complet… mais c’est le top !
Du coup, on n’est plus du tout à se demander si légitimement en tant que musicien on peut ou pas considérer qu’on peut ou non utiliser cet outil (parce qu’est un instrument comme un autre) pour générer de la musique et l’exploiter ! Bah oui, ça change tout d’arriver avec un extrait de ce qu’on a composé et que l’IA travaille à partir de ça. Maintenant, on part d’un extrait de 6 à 60 secondes max qui va devoir être étendu et là ça devient chaud.
Quand tu réalises que finalement ça ne va pas le faire du tout…
Si tu aimes les introductions instrumentales de plus de 10 secondes, que tes changements de couplet ou de refrains interviennent au bout de 2 minutes ou que tu as des ponts qui font un peu tout le charme de la musique, ça va être ric-rac en 60 secondes, surtout quand tu vas devoir mettre tout ça en début de génération. Si encore SUNO permettait de sélectionner plusieurs extraits et de les définir comme couplets / refrains / ponts / breaks / interlude / solo et j’en passe ce serait super parce que là l’IA pourrait utiliser le matériel initial pour reconstruire une version complète du morceau, chant inclus.
Maintenant, on a un temps limité et un problème avec la qualité des morceaux à charger. La moindre saturation ou effet de souffle va littéralement détruire le son du morceau sur la durée. J’ai essayé de récupérer une composition de 1996 où il y avait un peu de souffle et le résultat fut super jusqu’à ce qu’on dépasse les deux ou trois minutes… Ensuite le son s’est transformée en une bouillie inaudible saturée par un souffle généré par l’IA. Parce que oui, l’IA a considérée que le bruit de fond faisait partie de la chanson…
C’est exactement ce que ça fait quand on se rend compte qu’il a rajouté du souffle…
J’ai retenté plusieurs fois l’expérience avec des démos enregistrées avec un son épuré et passé au compresseur pour limiter la saturation. Pour ces compositions-là, pas de soucis, c’est passé comme une lettre à la poste (quoique ça dépend quelle poste…). Les résultats sont parfois surprenant puisque l’IA va recréer la structure à partir d’un extrait qui ne représente pas toujours toute la démo d’origine mais ça peut être tout pourri comme ça peut frôler le génie. Et je n’exagère pas en disant ça parce qu’au détour de certaines générations on trouve des perles et c’est particulièrement vrai pour le cas des chansons instrumentales.
Alors moi, je suis un grand fan des chansons instrumentales longues qui ont un son particulier qui a tendance à faire voyager l’esprit ou à le maintenir en état de concentration (on peut faire plein de choses avec de la musique) et j’étais un peu embêté avec SUNO avant l’apparition de cette fameuse fonctionnalité qui permet de charger des extraits et de les compléter. Que ce soit pour les instrumentales ou les chansons basées sur une tonalité particulière, il me manquait cette possibilité, ce qui m’avait jusque-là empêché de donner corps à l’idée qui était en train de germer dans mon esprit…

C’est exactement ça… J’ai un plan mais j’ai besoin de vous pour qu’il réussisse !
Bref, la nouvelle fonctionnalité en est à ses débuts et c’est assez prometteur même si pour l’instant c’est limité. Alors finalement, est-ce que l’IA générative va remplacer les musiciens ?
10. Au-delà de l’article, un projet qui se concrétise
Est-ce que vous vous rendez compte que pendant les 16 dernières années j’avais l’envie de retravailler sur toute cette archive et que vu le travail colossal que cela représentait je n’ai jamais vraiment démarré ? Et là, je tombe sur SUNO et je réalise que tout ce dont j’ai rêvé tout au long de ces années est enfin possible et à ma portée.
D’accord, le résultat n’est pas toujours parfait et dans de rares cas c’est un peu fouillis mais au fur et à mesure que j’expérimente SUNO je m’améliore, mes générations sont plus précises et les résultats sont bien meilleurs… En fait, c’est un autre instrument que j’apprends à utiliser, ni plus ni moins… Et ce que je vais en faire ? Eh bien, j’ai décidé qu’il était temps de ressusciter le projet « PrEvIoUsLy UnReLeAsEd » en passant par un financement participatif sur Ulule :
Il faut quand même que je précise où ça se passe, non ?
J’imagine que vous avez fait le rapprochement entre le contenu de l’article et le projet en question. L’avantage, c’est que mon métier consiste aussi à me tenir informé des avancées technologiques et à en déterminer les forces et faiblesses tout comme les avantages et inconvénients.
Il me parait clair aujourd’hui que la technologie de génération de musique par l’IA est à un stade avancé qui permet de se lancer dans ce type de projet même si paradoxalement elle est mouvante et sujette à des évolutions qui pourraient radicalement en changer le fonctionnement ou les résultats.
Cela dit, je prends le train en marche et vous propose de participer à mon projet dont les modalités vous seront dévoilées sous peu. Même si vous ne participez pas directement au projet, vous pouvez vous inscrire pour être informé de son lancement et en apprendre plus sur ce qui a été prévu.
S’il fallait le préciser, c’est un projet qui démarre bientôt…dans pas longtemps quoi… Il ne me faudra pas 16 ans cette fois !
Je me permets de vous remettre le lien vers la page Ulule de la collection « PrEvIoUsLy UnReLeAsEd » et également le lien vers mon site personnel qui servira aussi pendant la campagne de financement participatif dès qu’elle sera lancée.
Vous inscrire ne vous engage à rien, sachez-le ; ça vous permettra seulement d’être informé du démarrage de la collecte et de ses modalités. Pour le reste, vous n’avez aucune obligation ; je ne fais que vous partager mon projet qui s’inscrit dans la droite ligne de la conclusion de cet article qui, je l’espère, vous aura fait découvrir les technologies de générations musicales et vous aura donné l’envie d’écouter ce qui en ressort, voire pourquoi pas de vous lancer dans la composition ?
Et si vous avez décidé d’aller vous inscrire, je vous dis à dans pas très longtemps 😉
3. Terminator, Matrix, I Robot, Blade Runner, BattleStar Galactica et autres…
Vous allez me dire que je m’égare encore un peu, mais je fais juste un crochet rapide par la case science-fiction / fantastique avant de revenir au sujet de cet article et promis, ce ne sera pas bien long. Donc si je pose ma question philosophique de ce qui nous différencie des Machines, c’est parce que longtemps la réponse a été « parce que les machines sont incapables d’avoir la moindre sensibilité et la moindre capacité à produire quelque chose d’elle-même qui soit artistiquement valable ».
Bon ben messieurs-dames, il va falloir qu’on révise joyeusement notre définition parce que depuis quelques temps maintenant notre IA musicale est capable de générer des compositions de plus en plus évoluées et intéressantes, musicalement parlant. Alors bien sûr, SUNO n’est pas la seule plateforme de génération musicale… Il y a aussi Udio qui propose un service identique et sans doute pas mal d’autres mais avec les actuels progrès constants et réguliers de SUNO il devient difficile de faire l’impasse sur cette application.
J’ai trouvé sur internet des dizaines de vidéos de gens qui ont testé SUNO et qui sont musiciens et s’ils reconnaissent de façon incontestable que c’est assez bluffant, ils s’accordent à dire (et pour des musiciens, s’accorder c’est quelque chose) que c’est bien mais que rien ne vaut l’humain pour donner de l’émotion.
Eh ben vous savez quoi ? Je ne suis pas d’accord avec eux. J’aurais pu l’être, mais en toute objectivité il y a quand même toujours en filigrane cette peur et cette incertitude face à l’inconnu et à la nouveauté qui caractérise si bien l’espèce humaine et qui transpire dans leur ressenti. On vous ramène un truc tout neuf et vous, vous commencez par le rejeter de base parce que vous avez l’impression que ça va empiéter sur votre pré carré et changer vos habitudes !
Faut-il vous rappeler, très chers humains, que la vie de tous les jours est un méli-mélo de lignes de cause à effet qui s’impactent les unes les autres dans un ordre et un chaos permanent et qu’à ce compte-là en essayant de rationaliser vos vies dans un ordre défini vous faites quelque chose de purement contre-nature ?
N’importe lequel d’entre nous peut être humain… euh ?
Bref, ce que j’en disais, c’est que l’humain a généralement peur de la nouveauté et que bien souvent il se sent menacé. Là, on a un musicien qui dit en gros « Suno ? Oui bon, ça fait des tubes mais ça reste de la machine sans émotions »… Les autres musiciens dans les autres vidéos ont le même discours et pointent tous la problématique de « oui mais la machine elle a été entraînée avec des vrais musiques, le copyright, le respect des musiciens, tout ça… ».
Soit.
5. L’intérêt de la musique généré par l’IA ?
Alors voilà, on y arrive. En ce qui me concerne (et c’est juste mon impression personnelle qui n’engage que moi), j’avoue avoir du mal à faire le distinguo entre ce que font les artistes d’aujourd’hui et ce que la machine est capable de générer. Alors soit je n’ai plus l’oreille musicale du tout et ce serait une explication rationnelle et satisfaisante pour tout le monde sauf pour moi, soit les artistes d’aujourd’hui font tellement de la bouse que même une machine peut faire mieux et là c’est une explication qui se tient mais qui va m’attirer les foudres desdits artistes.
… ou alors juste un tout petit peu mais c’est mérité, non ?
Sinon, on peut aussi admettre que les progrès dans l’IA générative au niveau musical tendent vers un niveau de qualité en augmentation, qui à terme (cela pourrait ne prendre que quelques mois) pourrait égaler celui des productions actuelles, qui sont bourrées d’auto-tune et d’effets qui « robotisent » gentiment les voix. D’ailleurs justement… si on compare ce genre de productions à de la musique généré par l’IA je suis désolé de le dire mais l’IA est déjà capable de le faire en mode « bas de gamme »…
Non, on a dit « Bas de gamme », pas Batman…
Après ce n’est pas juste une opinion personnelle mais un constat : SUNO peut parfois générer des pistes très bien faites dans lesquelles on entend clairement de l’auto-tune et de la voix robotisée. En réalité, ça arrive quand on fait un prompt avec trop de choses dedans ou des demandes trop éloignées (genre la polka hardcore avec un chanteur à l’accent mexicain, y’a de fortes chances que le résultat soit un peu mal rendu). La musique sera audible, relativement « propre » mais la voix sera parfois un peu « bricolée », d’où l’idée qu’en fait on est dans le bas de gamme de ce que peut faire l’IA, parce qu’on peut avoir des générations plus propres que ça !
Encore une fois, ce n’est pas pour dénigrer le travail des artistes mais à un moment donné il faut rendre à César ce qui est à César : La musique générée par l’intelligence artificielle a atteint un niveau de qualité relativement satisfaisant qui peut clairement concurrencer les productions actuelles et à part quelques musiciens qui ont vraiment l’oreille, il sera difficile de différencier un artiste ayant recours à l’auto-tune d’une chanson générée par l’IA pour le grand public.
Et voilà comment on vient de se faire des tonnes d’amis à vie 😉
Pour résumer, l’intérêt de la musique générée par IA, c’est de permettre à celles et ceux qui ont des idées mais pas la capacité et/ou le temps d’apprendre la musique de pouvoir réaliser des musiques qui tiennent la route. Alors évidemment, c’est la porte ouvert à tout et n’importe quoi, mais avoir un peu de talent en musique ça aide quand même à faire autre chose que de la soupe prémâchée et plutôt orientée Mainstream… Mais comment on fait ?
7. Ce que l’IA impose comme limite aux musiciens
Si je dis à l’IA de se débrouiller pour me « faire une chanson sur la politique et les présentateurs de télé qui feraient mieux de se taire », le résultat n’aura pas forcément la même saveur que si c’est moi qui écrit « Hanouna, casse-toi » en mode slam avec des rimes de ouf genre « La différence entre un homme et un guignol, c’est que le premier n’a qu’une parole ».
Seulement voilà, moi la chanson en français très peu pour moi merci ! Je préfère faire de la bouse en pseudo-anglais saupoudré yaourt que de la chanson française. Affaire de style sans doute ? Quoiqu’il en soit, à travers le texte et le style musical choisi, on peut quand même « sentir » la présence d’un compositeur car au final, que l’on utilise un instrument de musique ou l’intelligence artificielle, ce n’est qu’un moyen par lequel faire transiter et partager une émotion, qu’elle soit positive ou négative, joyeuse ou triste.
Avec un peu d’objectivité et d’honnêteté intellectuelle, on arrive à (presque) tout…
Après, j’avoue que l’intelligence artificielle ne remplace pas le contact d’un instrument et qu’un musicien qui connaît son instrument de longue date a une relation privilégiée avec lui et cela se ressent aussi au niveau du public, comme j’ai pu m’en rendre compte à maintes reprises. Et il y a aussi la performance : tout le monde n’est pas capable de chanter juste et de jouer juste en même temps en étant synchronisé avec d’autres personnes qui font la même chose.
Mais pour ceux qui savent faire et qui se retrouvent face à l’IA, il y a quand même un gros sentiment de frustration. Déjà parce que la génération peut sortir des sentiers battus et peut avoir accès à des milliers de styles différents et ensuite parce que malgré tout ce que l’on peut lui donner comme information, l’IA fait un peu ce qu’elle veut par moment et il n’est pas possible de totalement la contrôler pour lui dire ce qu’elle doit faire.
Je génère ce que je veux, pitoyable humain !!!
L’autre limitation, c’est dans les paroles qu’on va la trouver. Vous rêvez d’écrire des paroles sur une femme qui a plus de couilles que les hommes ? Il va falloir trouver autre formulation parce que bon, il y a certaines paroles qui sont refusées pour cause de modération. Comment dire ? Le Hardcore regorge de phrases du type « you bitch, suck my dick » et pourtant… Même si c’est dans les codes du genre (Écoutez les 20 compilations Thunderdome ou juste un des best-of et vous verrez que ça revient souvent, très souvent… C’est quasiment culturel à ce niveau) c’est censuré…
Vous n’aurez pas non plus le droit de clamer votre amour de l’Humanité par la destruction et l’éradication pure et dure car il faut être gentil avec son prochain. J’avais notamment eu des soucis avec une chanson appelée « Burn (like the fire in the hell) » qui donne le point de vue d’un extrémiste nihiliste qui veut tout brûler, y compris lui-même… Forcément, les messages de modération je les ai vus passer des dizaines de fois avant de réussir à tout de même faire passer la chanson en transformant seulement quelques paroles, ce qui n’altère en rien son sens. D’un autre côté, on m’a laissé passer un « Fuck you in the ass (and go fuck yourself) » répété à outrance dans « Take That Loser ! »…
Quand tu ne comprends pas comment est faite la modération sur une application…
Il y a donc quand même des limites et tout n’est pas parfait loin de là… mais ça évolue ! Et franchement dans les dernières fonctionnalités de SUNO il y en a une qui m’a littéralement scotché et je vais vous en parler avant de conclure cet article !
9. L’heure du bilan a sonné !
Alors non, l’intelligence artificielle peut générer des merveilles, mais à la base il y a quand même l’humain qui donne l’input initial dans son prompt. On ne peut donc pas considérer que les musiciens peuvent être remplacés par l’IA. Et d’ailleurs, si jamais on devait y arriver, je vous avoue que je serais déçu parce qu’aller voir une IA en concert ce ne sera jamais pareil qu’un groupe… Tu ne sentiras plus l’odeur fétide des corps suants rincés par la pluie qui te tombe sur la gueule alors que tu as envie de pisser depuis que tu es arrivé et que tu es coincé debout depuis le début du concert… Tu ne fumeras plus passivement de CBD et de shit dans les festivals et tu ne sentiras plus la mauvaise bière coupée à la flotte… Tu ne te feras plus bousculer et on n’essaiera plus de te braquer ton phone ou tes affaires dans ladite bouscule en mode « oups, ça arrive ».
Bref, il va manquer ce côté j’attends devant les grilles des heures avant les concerts que tu retrouves sur les concerts d’Indochine avec ses campeurs qui se numérotent et qui arrivent déjà plusieurs jours avant… On est un vrai fan ou on ne l’est pas, c’est ça ? Bref, je semble un peu critique avec la réalité mais quelque part se priver d’une performance live avec un son dégueulasse et des musiciens qui font des blagues à se pendre (coucou m’sieur Corgan, elle est pour vous celle-là) ce serait franchement dommage. Bon allez, j’arrête d’être médisant : j’aime aller voir des concerts et heureusement, ce n’est pas prêt de s’arrêter et l’avènement de l’IA générative en musique n’y changera rien.
Alors oui, c’est vrai, des fois on peut être content de voir que rien n’a changé… ou alors c’est ironique 😉
Ce que je vois, par contre, c’est un monde de possibilités qui s’ouvrent pour les gens qui comme moi n’ont plus la patience et/ou le temps de remonter un groupe de musique pour faire de nouvelles compositions. On parlait de vieux musiciens aigris ? Ok, je prends un ticket pour cette catégorie si ça vous fait plaisir… N’empêche que c’est vrai : une fois qu’on a connu le contact avec le public et qu’on s’est connecté autour de quelques chansons eh bien ça marque et ça devient une sorte de drogue dont on se passe difficilement.
De concert en concert, on agrandit sa fan-base et on construit des relations privilégiées avec les gens qui vous suivent. Quand on a connu ça, cet échange avec le public, eh bien quelque part ça reste gravé en mémoire et on ne peut pas l’oublier. C’est la force de la passion, la récompense pour ce qu’on a donné à son public, pour tout ce qu’on s’est donné comme mal. Parfois le public n’y est pas sensible et parfois, alors que vous ne vous y attendiez pas le public vous fait une véritable ovation parce qu’il a apprécié le morceau que vous venez de jouer parce qu’au moment où vous l’avez fait, vous y avez mis vos tripes.
Pas ce genre de tripes… Quoique, quelque part l’intensité est la même selon la corde qu’on fait vibrer ?
Alors voilà. J’ai connu tout ça et j’ai choisi de m’arrêter parce que j’en avais marre de composer pour rien. Vous vous creusez la tête pour faire des démos et quand vous en proposez dix dans votre groupe, il est possible qu’il vous en reste entre 8 et 10 qui ne seront jamais exploitées en fonction de la tolérance et de l’égo des autres membres du groupe. Il y aura toujours parmi ces démos :
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Les démos qui n’accrocheront pas au niveau des membres du groupe pour diverses raisons (trop proche d’une compo existante, problèmes avec les paroles…) ;
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Celles qui ne sont pas dans le style du groupe et qui ne trouveraient pas de place dans le répertoire actuel ;
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Celles qui sont techniquement complexe à mettre en œuvre en raison d’un accordage un peu particulier qui suppose un changement pour tout ou partie du groupe ;
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Les compos pré-travaillées où le groupe doit se caler sur de l’existant, ce qui apporte une contrainte créative importante ;
Bref, vous aurez compris l’idée : neuf fois sur dix vous archivez votre démo dans un coin et vous n’en parlez plus jusqu’au prochain groupe… et encore, en fonction du style dominant dans le groupe, certaines compositions resteront dans l’oubli et celles qui ont été jouées dans les groupes précédents sont condamnées à ne plus être rejouées dans le prochain. Bilan des courses ? On refait de nouvelles compositions dans les mêmes conditions pour arriver au même résultat : une archive toujours plus grande de compositions inachevées ou en attente qui avaient un réel potentiel mais qui ont été laissées de côté faute de compromis humain/humain.
Et quand il n’y a pas de concessions possibles, s’il était possible de régler les problèmes à la façon du Protecteur ça arrangerait quelques personnes…
Et donc, quand vous n’avez plus envie de faire des compromis et de voir vos démos et vos compos dans une forme aboutie, qu’est-ce que vous faites ? Un deal avec l’IA ! Elle réalise ce que vous lui demandez tant que ça reste dans ses limitations mais vous êtes libres de faire ce que bon vous semble. Vous faites du Rock Alternatif avec un peu de pop-rock, de l’expérimental et vous touchiez du bout de la basse le Metal et vous avez envie de voyager un peu, musicalement parlant ?
J’ai embarqué dans le train SUNO et j’ai été faire un tour des différentes sonorités, allant du métal et de tous ses sous-genres (black, death, trash, heavy, sludge…) au post-rock (apocalyptique ou non) en revisitant le stoner, le grunge, le punk rock et même du doom gothic voire de l’atmospheric. Comment vous dire ? J’ai plus qu’élargi mon horizon musical et certaines de mes compositions d’origine sont devenues des musiques à part entière qui ont un peu plus qu’un potentiel.
Voilà à peu près l’image que j’en ai quand je suis en train de faire un prompt sur Suno…
Vraiment, vous n’imaginez pas à quel point c’est gratifiant et satisfaisant de pouvoir enfin donner libre court à son imagination sans avoir à être limité par soi-même au niveau humain ! On ne peut pas tout apprendre à jouer et on ne peut pas passer son temps à passer d’un instrument à l’autre pour composer ses propres musiques… C’est tout-à-fait faisable, mais il faut alors maîtriser tous les instruments et être capable de se mettre à la place de chaque musicien qui devrait jouer la composition… J’ai fait ça pendant un temps et je vous promets que j’ai vite arrêté parce que ça ne menait nulle part.
La somme d’effort à investir est énorme pour finalement qu’on vous dise « mais monsieur, vous ne pourrez jamais vous produire en concert avec ça, ça ne peut pas se vendre ». Alors bien sûr, quand je suis tombé sur SUNO, j’ai aussitôt compris le potentiel de la chose et ce que je pouvais en tirer… Déjà je peux retravailler une archive audio de plusieurs dizaines de morceaux (on est pas loin de 200 quand même) mais je peux aussi en créer de nouveaux et ça, ça ouvre des perspectives plus qu’intéressantes puisque si je prends un abonnement PRO (à minima) chez SUNO, je peux commercialiser légalement la musique que j’ai généré.




















