Introduction
Quelque part, je suis quelqu’un d’assez étrange finalement… J’ai plein de petites manies qui ont tendance à fâcher les gens autour de moi et l’une des plus agaçante est sans doute cette manie de tout noter, tout le temps. En réalité, on pourrait m’accuser de vouloir romancer ma vie et de me rendre plus intéressant que je ne le suis réellement et l’accusation pourrait même avoir un fondement. Oui oui, je reconnais totalement cette manière de faire consistant à faire toujours des montagnes de pas grand chose et aussi cette grande inclinaison à toujours vouloir consigner un peu tout ce que je fais, à l’archiver à la manière d’une mémoire de stockage qui alimenterait la légende que je ne suis pas…
Bah oui, il faut voir les choses en face, je suis loin d’être une légende. D’ailleurs la plupart des gens m’ont perdu de vue et ont oublié jusqu’à mon existence. S’il est vrai que c’est pratique de ne pas avoir à s’encombrer du volet « social » et de la sociabilité en général (exception faite du travail où la sociabilité est une obligation de mon métier en particulier), c’est vrai aussi qu’au final on se sent isolé et qu’on n’a personne avec qui partager ses expériences, ses doutes et ses interrogations légitimes. Or, c’est pas que ça manque, hein… Mais bon, quand la moitié des gens qui se souviennent de vous s’imaginent que vous passez votre temps à vous tirer sur la nouille alors que vous travaillez d’arrache-pied toutes les nuits jusqu’à pas d’heures… Comment dire ? L’avoir mauvaise ? Ouais, et plus si affinités !
Alors non, loin d’être une branloute en puissance (il va falloir vous habituer à un langage fleuri voire à de la jungle tropicale par moments, je vous préviens dès le premier écart comme ça vous ne pourrez pas dire que vous n’aurez pas été prévenus), il faut quand même dire que si je ne parle jamais de ce que je fais bah évidemment on va chercher le scénario le plus plausible : je passe mon temps sur les jeux vidéos ou à regarder des séries en m’empiffrant de cochonneries sucrées pas bonne du tout pour la santé. J’avoue, ça m’arrive parfois de faire ça (les jeux vidéos, les séries et la bouffe dégueulasse pour diabétique en puissance) mais c’est assez minoritaire par rapport à ce que je fais d’habitude.
Et qu’est-ce que je fais d’habitude ? Ben justement, je vous propose d’embarquer avec moi dans un périple musical commencé le 12 avril 2024 et pas encore terminé à ce jour… Bien au contraire ! Allez, n’ayez pas peur : il va y avoir de quoi lire mais je mettrais des images quand même pour les gens qui ne se fatiguent même plus à lire. Bande de feignasses !!!
1. Premier contact avec la musique
Je pense qu’on a tous des souvenirs de notre enfance pendant laquelle on a découvert la musique à l’école pendant les cours de musique… On doit même tous avoir encore quelque part les morceaux d’une flûte que nos parents ont payé à prix d’or pour qu’on leur casse les oreilles et plus si affinités, non ? Bon, j’avoue, je ne suis plus tout jeune non plus mais de mon temps il y avait les cours de musique, la flûte et le chant en cours à l’école avec le répertoire de la chanson française. Très honnêtement, ce n’est pas par là que j’ai commencé et franchement je n’aimais pas spécialement les cours de musique même si à priori en pipeau je ne me démerdais pas trop mal (je m’en sortais plutôt bien dirons-nous en bon français). En même temps, j’avais déjà des bases…

Lui aussi, il pipeaute pas mal des fois…
Il faut dire qu’à ma Première Communion (eh ouais, je suis aussi une relique catholique) on m’a offert un orgue électrique Viscount RBX 300. À l’époque c’était le top du top et ça valait une fortune ! Alors bien sûr, c’est un super cadeau mais il faut déjà se sentir une âme d’artiste et je dois dire qu’à l’époque j’avais plutôt du mal à exprimer une once de créativité. Avec le recul, je dirais que le contexte dans lequel j’évoluais ne facilitais pas vraiment le développement d’un quelconque début de fibre créative. Oui, c’est un peu compliqué parce que moi-même j’ai toujours été un peu… Comment dire ? Je n’étais pas l’enfant dont rêvent tous les parents… Plutôt introverti, distant et lunaire plutôt que solaire, extraverti et affectueux. Après, on ne choisit pas forcément comment on évolue… Mais bref, il a été compliqué de m’intéresser à des activités et avant la musique il y a eu le Judo et ce ne fut pas une grande réussite. Bref, le premier contact avec la musique allait-il être aussi compliqué que précédemment ?

Voilà à quoi ça ressemble ! On trouve encore des images sur Internet et c’est incroyable !
J’ai donc 8 ans à l’époque et en plus de l’orgue une professeure de musique d’un certain âge qui vient spécialement me donner des cours le mercredi quand il n’y a pas école. Alors évidemment, si on aime la musique et que c’est une passion, ce n’est pas dérangeant de passer ses mercredis après-midis à apprendre à jouer de la musique mais quand on est plus orienté skateboard et vélo avec le copain du quartier (coucou Jean-Christophe) c’est quand même moins sympathique. Et puis surtout, s’entraîner sur la Méthode Rose puis sur du Czerny au bout d’un moment ça finit par devenir compliqué pour un gamin qui a du mal à suivre les voies déjà tracées. Parce que c’est surtout ça le problème en fait : je suis un jeune qui a du mal à comprendre qu’avant de commencer à composer il faut acquérir la base et que la base ne s’acquiert qu’à force de travail, de répétition et de volonté. En réalité, il aurait sans doute fallu me présenter la musique comme une mission, un défi à relever… J’aurais alors mis les bouchées doubles pour réussir parce que j’ai cette capacité à persévérer dans l’effort lorsqu’il représente un véritable défi. Oui, c’est aussi ce qu’on appelle le masochisme primaire.
Bref, j’ai eu beaucoup de mal à le dire parce que je ne voulais pas froisser cette dame d’un certain âge qui aurait voulu me transmettre l’amour de la musique mais je n’arrivais plus à trouver d’intérêt dans ce que nous faisions. Une fois encore j’avais perdu mon temps et celui des autres… En réalité pas tout-à-fait. Ce n’est pas parce que je n’avais pas envie d’apprendre à jouer les classiques que je n’avais pas envie de composer, de créer du neuf et d’expérimenter des choses… Alors d’accord, quand on n’a pas voulu apprendre les bases c’est vraiment limitatif mais j’ai travaillé la rythmique, le son et la dextérité plutôt que la technique elle-même. Et je l’ai fait tout seul pendant des années, quand j’étais seul ou alors avec un casque quand mes parents étaient à côté. Certes, l’arrivée des jeux vidéos (Doom, Hexen, Duke Nukem, Blood, Starcraft, Diablo…) a tout de même largement capté mon attention à l’époque mais il aurait été compliqué de passer à côté… Alors pendant des années j’utilisais occasionnellement mon orgue, surtout pour me vider l’esprit. La musique est devenu une sorte d’exutoire et un moyen d’expression personnel.

Un exutoire pour mieux exulter… mais ça coûte cher en guitares…
Et donc voilà pourquoi les cours de musique ne me paraissaient pas si compliqués que ça… La rythmique, la justesse des notes et la dextérité avaient finalement déjà été acquis et donc j’avais peu de difficultés à utiliser une flûte même en travaillant relativement peu. J’ai joué une de mes compositions une seule et unique fois en cours de musique. Mes camarades m’ont regardé incrédules ; probablement que mon style d’époque était peut-être un peu trop loin de ce que l’on peut attendre d’un véritable pianiste ? Toujours est-il que l’incompréhension s’est mêlée à la gêne et que ce jour-là j’ai compris que le côté minimaliste et créatif des choses n’est pas forcément accessible à tout le monde. Pour impressionner les gens, il aurait fallu que je sois un véritable virtuose et je ne l’étais pas, loin de là. Refroidi par l’expérience, je n’ai pas retenté l’aventure en public par la suite. Du moins pas avant plusieurs années.
3. Un retour difficile
Pendant pratiquement 11 mois, je n’ai plus de contact avec personne. Il est vrai que la formation est difficile : je dois faire en 11 mois ce qu’on apprend normalement en 4 ans et très sincèrement je travaille la journée et même la nuit et les week-ends. Je n’hésite pas à me donner à fond dans ce que je fais pour réussir ce qui semble à priori hors de portée mais s’il y a quelque chose que j’ai appris à travers 10 ans d’expérience musicale, c’est que pour réussir il faut travailler encore, et encore, et encore, et encore, et encore… et si ça ne suffit pas, il faut travailler encore plus ! Il n’y a que comme ça qu’on acquiert la technique et qu’ensuite on peut la parfaire et réussir à évoluer. Après, outre le fait que je travaille quasiment tout le temps, il y a aussi le fait que je n’ai pas Internet là où je suis hébergé et même si j’ai pris ma guitare avec moi mes collègues d’à côté aiment bien leur calme et leur tranquillité… Donc je reste limité pour créer de nouvelles choses. En vérité, je n’ai plus le temps ni l’énergie nécessaire pour construire de vastes projets. Au contraire, la formation m’use et le défi s’avère complexe à relever… Toutefois, je finirais par le remporter haut la main malgré certaines difficultés liées à une personnalité qui divise. Je n’y serais donc pas allé pour rien et je rentre fin 2019 chez moi.
Pratiquement 1 an a passé et lorsque je rentre c’est le chaos. À priori il ne reste plus grand monde de ceux et celles que je côtoyais… Les chemins se sont séparés et certains sont partis loin. D’autres ont abandonnés et d’autres encore sont devenus infréquentables alors qu’à une époque ils l’étaient encore à peu près. Finalement, je reviens et je découvre qu’on m’a totalement oublié. Bon, ok… Tout le monde est passé sur Facebook et Twitter et les Youtubeurs sont en train de faire leur sillon sur le web. Je suis devenu un anonyme et quelque part ça m’arrange autant que ça me dérange parce que jusqu’en 2007 j’étais assez présent et même suivi par une très petite et modeste communauté de fidèles et là je me retrouve coupé de tout. Je n’ai plus de contact au niveau musical et les quelques rares personnes que j’ai recroisé ont décidé de faire autre chose. Autant dire que là, j’ai posé ma guitare dans un coin avec une housse et je l’ai laissé prendre la poussière.

Même à travers la housse, ça a fait pratiquement la même…
Quand j’ai raccroché en 2008, ce n’était pas véritablement un choix mais plutôt une nécessité. Quand je suis revenu je n’ai pas recherché à reprendre tout de suite… D’abord j’ai essayé de faire quelques autres projets qui me tenaient à cœur et notamment refaire mon site web pour la énième fois. Créer une archive avec les moyens de l’époque et tenter de faire quelque chose de plus propre et de plus attrayant. J’ai recommencé à de nombreuses reprises, sachant qu’en 2007 j’avais un site assez tentaculaire pour l’époque et qu’il était hébergé chez Free. Mettre de la musique en ligne à disposition à l’écoute se faisait mais à travers un lecteur bricolé maison… Autant dire que les heures s’étaient accumulées pour mettre ce site à jour et le maintenir en fonction. En 2009 je l’ai complètement détruit, pour le recommencer à nouveau et ne jamais vraiment le terminer. Il faut dire que les 10 années suivantes furent tumultueuses, autant sur un plan personnel que professionnel. Néanmoins, j’avais deux objectifs : Le premier était de refaire le site web à neuf et le second était de reprendre l’ensemble de mon répertoire personnel et de groupe et de le valoriser, quitte à le recréer et le réenregistrer entièrement.
Au départ, j’avais essayé de réenregistrer avec de véritables instruments certaines compositions mais la vérité c’est que c’est quasiment impossible de jouer comme la plupart de mes anciens camarades de jeu. La sensibilité des uns et des autres à travers leur instrument, c’est quelque chose qu’on ne peut pas reproduire parce que chacun a un rapport particulier à son instrument. La façon d’en jouer, la façon de faire vibrer l’instrument et d’en sortir le son c’est quelque chose de subtil qu’on ne comprend que lorsqu’on pratique soi-même un instrument. Or, même si mécaniquement il n’est pas impossible de reproduire une mélodie, il y aura toujours cette « aura » qui va manquer par rapport au matériel d’origine. Et puis, plus pragmatiquement… Pour maîtriser tous les instruments faut quand même être sacrément doué et là j’avoue que pour certains instruments (si ce n’est tous) bah je suis pas en pointe… Voire même je suis mauvais ! La batterie ça ne s’improvise pas : ou bien tu sais, ou bien tu ne sais pas et si tu ne sais pas soit tu pratiques pendant des années jusqu’à ce que tu aies atteint un niveau acceptable, soit tu laisses tomber. J’ai choisi l’option 2 mais je n’ai pas dit mon dernier mot pour autant.

Là aussi, ça m’a fait plusieurs fois le même effet…
Bref, je suis incapable de faire tous les rôles et d’égaler sur un plan musical la plupart des musiciens qui m’ont accompagnés durant mes années d’activités musicales. Faut être honnête, sans être des virtuoses certains avaient quand même un putain de niveau et moi à côté je n’ai clairement pas le niveau. Sans être totalement nul, j’étais bassiste et je laissais la place aux guitares la plupart du temps… Et même si certains morceaux se sont avérés assez techniques pour moi dans ma façon de jouer, il est clair que je manque de technique pour la plupart des instruments y compris la guitare elle-même. Alors évidemment pour sortir quelque chose de potable d’une session d’enregistrement en multi-pistes ça demande quand même de gros efforts et très sincèrement j’ai vite arrêté, découragé. La somme de travail à fournir est immense et l’investissement doit être total… Le problème, c’est qu’à côté de ça j’ai une vie professionnelle et personnelle et que même si ce n’est pas l’envie qui m’en manque je ne peux pas tout claquer comme ça pour me lancer dans la musique. Niveau plan de carrière c’est quand même assez aléatoire surtout qu’en plus je l’ai déjà dit mais je suis loin d’être un virtuose. Je sais faire quelques trucs mais c’est clairement insuffisant pour faire une véritable carrière dans la musique. Je vais donc trouver une autre solution.
Fut un temps, j’avais eu l’occasion de tester quelques logiciels de composition musicale… Un logiciel comme FL Studio est génial pour composer, mais on peut y passer un temps de dingue pour paramétrer un morceau dans le détail… Et là je n’en ai pas que 10 à refaire mais quasiment une centaine… J’ai essayé d’en faire un seul avec le séquenceur et ça m’a pris pratiquement une semaine voire deux pour avoir tous les arrangements. C’est affreusement et horriblement long parce que pour émuler une batterie il faut utiliser les cymbales, les toms, la grosse caisse, le charleston et la caisse claire… et en plus j’avais un batteur qui utilisait une cloche ! Concernant les effets de guitare, je ne vais pas parler du plancher de pédales multi-effets de l’un des guitaristes ni du fait qu’il utilisait un panda motorisé pour produire le son d’une chanson à travers les micros de sa guitare et de son gigantesque pédalier. Honnêtement, comment tu veux reproduire un truc pareil ? C’est de la folie pure et brute !

C’est de la folie ! De la folie ? NAN, THIS IS SPARTAAAAAA !!!!
Donc pour résumer, apprendre tous les instruments c’est mort. Jouer avec un séquenceur c’est mort. Remonter un groupe et partir à l’aventure ? C’est mort. Pourquoi ? Parce que concrètement en faisant un état des lieux j’ai passé 10 années de ma vie à m’entraîner et à essayer de composer des chansons qui plaisent… Tout ça pour qu’à chaque pet de travers de l’un des musiciens le groupe se retrouve en vrac et qu’on recommence quasiment tout de zéro. Je vous assure que ça, c’est plus que démoralisant… On remonte un répertoire, on repasse les week-ends à jouer pendant des heures histoire d’être carrés et d’avoir assez de chanson pour faire un concert, ensuite on doit se battre pour trouver un lieu où se produire en sachant que la « base fan » n’est pas acquise… Il faut donc aller chercher les gens et les garder sur la durée… Et moi, vraiment, j’en ai eu marre de perdre mon temps pour des conneries avec des gens pour la plupart immatures ou possédant un égo surdimensionné (même plus que mon propre égo, c’est dire à quel point ça va loin !) et qui ne voient que leur « gloire personnelle » au lieu de penser « groupe ». Alors non, je ne suis pas prêt à retenter l’aventure.
2. Seconde tentative
Musicalement, je n’ai pas véritablement été « éveillé ». C’est-à-dire que mes goûts musicaux étaient relativement dans l’air du temps avant de salement dévier… En effet, j’ai commencé par écouter de la Dance des années 90s, puis de la techno… après je suis passé par Michael Jackson et je dois avouer que le King Of Pop me manque terriblement encore aujourd’hui. Il est mort quelques jours avant mes 30 ans, c’est dire si je m’en souviens ! Bref, rien ne me prédestinait à rentrer dans le rock ni même dans le Grunge de l’époque avec Nirvana, que j’ai finalement découvert assez tard (Post-Nevermind, à la sortie d’In Utero). Et pourtant, à un moment il y a un basculement dans ma vie qui fait que je me dirige vers des styles musicaux de plus en plus brutaux et extrêmes… Ce basculement m’amène non seulement à apprécier d’autres styles de musiques mais également à avoir des comportements assez étranges de collectionneur de bootlegs.
Oui parce que j’ai cette tendance à aller au bout des choses… Si par exemple je découvre un groupe comme Nirvana, je vais me fournir les albums Bleach, Nevermind, Incesticide, In Utero et le MTV Unplugged in New York. Après ça, Kurt Cobain se suicide et un live retravaillé sort sous le titre « From The Muddy Banks of the Wishkah »… Rapidement, on a fait le tour de la discographie du groupe mais entre 1995 et 2000 il est encore possible de trouver des albums « inédits » qui ne sont pas édités par des maisons de disques mais qui contiennent des raretés… Sachant qu’au niveau officiel, à part « Hormoaning » qui est quasiment introuvable il n’y a plus rien à se mettre dans les oreilles, eh bien… Je deviens un collectionneur de Bootlegs. Et pas que pour Nirvana… Foo Fighters, Hole, Rage Against The Machine et surtout les Smashing Pumpkins vont être les groupes que je vais rechercher en priorité… Des lives, des chansons inédites, des versions spéciales, des démos… Musicalement c’est un véritable festival et je découvre aussi la face cachée de certains groupes.

Techniquement, ça on évite de le dire en public Monsieur Corgan…
En fait, la plupart du temps ce sont les démos des chansons qui me font prendre conscience que n’importe quel groupe commence avec une idée de chanson, et que petit à petit cette idée se travaille, se développe, se transforme jusqu’à atteindre un point à partir duquel on peut estimer que la composition est arrivée à maturité. En fait, c’est ce chemin à travers certains musiques qui m’ont fait comprendre qu’en fait ce qui fait que la musique devient bonne ce n’est pas juste le fait d’être ou non un virtuose (même si ça aide) mais c’est le travail sur la durée. Reprendre le travail, encore et encore, l’améliorer un peu plus à chaque fois, le rendre plus fluide, plus efficace, plus propre… Et tout ça demande du temps, de la rigueur, de l’application… Tout ce que je n’avais pas compris à l’époque, des années en arrière. Alors en 1998, je saute le pas et je demande une guitare pour réapprendre la musique.
Mes parents incrédules et encore refroidis par la série d’échecs essuyée quant à ma capacité à adhérer à quelque chose de concret décident finalement de m’offrir une seconde chance avec une guitare sèche manche 3/4 qui sonne horriblement mal mais quelque part je m’en fous. Je ne vais pas prendre de cours, je vais apprendre par moi-même, en autodidacte. Je travaillerais à l’oreille, surtout pour l’accordage dans les premiers temps. Bien sûr, au début ma guitare sonne mal, faux, désaccordée mais petit à petit je comprends comment l’accorder et en jouer mais (parce que sinon c’est pas drôle) au lieu d’un accordage classique en Mi La Ré Sol Si Mi j’ai une fâcheuse tendance à l’accorder en Ré La Ré Sol Si Mi… Le fameux « open de Ré » ou le « Drop D » qui permet (entre autres) de jouer « Heart-Shaped Box » de Nirvana parce que oui, en 1998 j’ai envie d’apprendre à jouer du Nirvana et même pourquoi pas à composer dans le style de Nirvana ?

Avoue que cette vieille guitare usée te fait encore de l’oeil de temps à autres…
En quelques mois j’ai tellement utilisé ma guitare et sué pendant des heures dessus que mes cordes se sont oxydées. Je dois changer le jeu complet et je ne sais absolument pas faire ça. Par chance, j’ai une connaissance d’une connaissance qui est guitariste et qui sait faire ça… Alors on se voit et finalement il me montre comment changer les cordes et me demande de lui jouer un truc… Alors je me dis « Ok, va pour du Nirvana » et automatiquement je m’accorde en « Drop D ». Le type me voit jouer, écoute et finit par me dire « Alors comme guitariste t’es nul à chier… On ne va pas y aller par quatre chemins… Par contre, tu ferais un excellent bassiste ». Dois-je vous faire l’affront de vous dire qu’il lui manquait un bassiste dans son groupe à l’époque ? Mais après tout pourquoi pas… J’ai travaillé pendant 6 semaines en usine et je me suis offert une basse électrique Ibanez TR70 neuvre et un vieil ampli 100 watts Fender (pour guitare) en occasion. Me voilà prêt pour une nouvelle aventure musicale, en groupe cette-fois…
Je vais vous passer les 10 années suivantes très très rapidement : de 1998 à 2008 j’ai composé un peu plus d’une centaine de démos à travers les divers groupes que j’ai monté (The Darkers, Neo Generis, Lain, Lain Rebirth) ou que j’ai rejoint (Metal Acid, Pentastar). Parmi cette centaine de démos, j’en compte véritablement une vingtaine qui sont passées à la postérité dans les différents groupes, ce qui représente un peu moins de 1/5ème de ma production pendant cette période. Alors oui, tout n’est pas forcément bon ou abouti, mais l’idée ce n’est pas de faire des chansons complètes… L’idée c’est justement de ramener un riff ou une mélodie qui donne envie au groupe de composer dessus pour faire un morceau qui évoluera et fera partie du répertoire du groupe pendant un temps avant d’être abandonné ou mis de côté pour faire de la place aux autres. Ainsi va la vie ! En 2008 cependant je me retrouve contraint d’abandonner la musique pour tout un ensemble de raisons, la première étant que je vais partir pendant 11 mois en formation à 800 kilomètres de mon lieu de villégiature. Je laisse donc tout derrière moi en 2008 et je pars m’occuper de mon avenir professionnel.
4. Un rendez-vous manqué
On est en 2018. Ça fait très exactement 10 ans que j’ai raccroché au niveau musical et que je n’ai rien refait depuis… En tout cas, rien de bien sérieux. J’ai bien sorti la guitare de temps à autres de son étui pour réviser mes classiques et ne pas trop perdre la main mais j’avoue que le cœur n’y est plus. En fait, je me sens coincé totalement… J’ai une véritable archive audio avec un potentiel de fou furieux si on considère que je suis dépositaire de l’archive audio de 5 des 6 groupes dans lesquels j’ai joué. Techniquement, j’ai « hérité » de Metal Acid, The Darkers, Neo Generis, Lain et Lain Rebirth, ce qui représente un vaste réservoir de compositions dans lequel il serait tentant d’aller piocher pour en sortir quelques tubes à recycler. Pourtant j’ai un principe… C’est peut-être un principe à la con, je l’accorde, mais j’ai le respect du compositeur original. C’est-à-dire que des titres comme « Vital Hope », »Another Day With You », « Living On This Earth », « Breathe Alone » ou encore « Sarah » sont extrêmement intéressants mais ils ne sont pas de moi à l’origine et je me refuse à y toucher sans avoir reçu l’accord de mes anciens camarades de jeu. C’est une limite que je me refuse à franchir quand d’autres ne se sont pas embarrassés pour essayer de vendre des démos enregistrées en répètes en fourbe sans prévenir les autres musiciens. Parce que oui, tout le monde n’a pas forcément de notion de ce que sont l’honneur et le respect.
Donc en 2018 je me dis « Ce serait bien pour les 10 ans de marquer le coup, de sortir des trucs un peu nouveau voire pourquoi pas de faire un nouveau recueil de démo PrEvIoUsLy UnReLeAsEd ? ». Parce que oui, pendant les 10 ans où je faisais de la musique j’ai archivé mes démos sur des compilations de démos que j’ai numéroté…. J’en suis arrivé au numéro X (soit 10 en chiffres romains) soit pratiquement une compilation de démo par an. Et là, on ne parle que de mes démos à moi sur lesquelles j’ai tous les droits. Quand bien même certaines sont passées dans les répertoires de groupes avec de conséquents changements je peux facilement en revendiquer la paternité et surtout j’ai la démo d’origine qui atteste que je suis bien l’unique auteur-compositeur du morceau. C’est important parce que concrètement sur un stock d’une centaine de chansons issues du répertoire de 5 groupes différents, j’ai en face au moins autant de matériel en démo de mon côté… C’est aussi une raison pour laquelle j’ai raccroché en 2008 : quand on est a plus d’une centaine de démos et qu’on sait que plus de 90% va rester à l’état de démo enregistrée dans un coin en attendant de disparaître totalement alors qu’on y a consacré un paquet d’heures assez conséquent, ça a de quoi dégoûter un peu quand même non ?

Le carton de démos… C’est bien plus qu’une image pour moi !
Finalement en 2018 je manque de temps pour faire quoi que ce soit parce que je mets entre 2 et 3 heures pour aller travailler et au moins autant pour revenir ce qui me laisse peu de temps pour me lancer dans un projet aussi chronophage que la composition d’un nouveau recueil de démos… Et surtout, pourquoi faire ? Avant, ça avait du sens de construire un recueil de démos. Ça permettait de présenter des idées de compos au groupe du moment, qui parfois en trouvait une ou deux intéressantes ou parfois rejetait l’ensemble. Ok, pas de soucis dans le contexte de l’époque, mais en 2018, alors que je suis quasiment certain de ne plus faire de musique en physique dans les années qui viennent ? Je n’ai donc rien fait de spécial pour les 10 ans ; je me suis juste contenté de refaire le site 0m32.eu de fond en combles et d’ajouter du nouveau contenu à celui qui existait déjà sachant que je n’ai jamais réellement terminé le site comme je le souhaitais. Mais là aussi : beaucoup de temps passé sur des Archives qui mettent en valeur une période mais quasiment rien sur les projets en cours depuis 2008 et il y en a eu un paquet en 10 ans… Pas forcément des projets musicaux mais tout de même, je suis loin d’avoir été improductif. Néanmoins, j’aurais voulu marquer les 10 ans de pause musicale et je n’étais pas prêt à ce moment-là.
On arrive péniblement en 2023, après la période COVID et la naissance de mes enfants (qu’on attendait plus à force mais mieux vaut tard que jamais… quoique ? Les enfants, quand vous lirez ces lignes n’en voulez pas à votre père mais il était pas prêt à commencer la paternité à 41 ans… Il avait même fait une croix dessus. Pourtant il vous aime mais alors… Vivement que vous grandissiez un peu parce que là papa il en chie des ronds de chapeaux et maman aussi. On vous aime, on vous le rappelle mais en ce moment vous nous… Bref, vous réglerez vos comptes quand on sera vieux !) j’ai eu un mal de chien à revenir faire du projet tout court… Alors un projet musical en plus, même pour les 15 ans de pause musicale, ça va juste pas être possible d’autant que j’ai prêté ma guitare électroacoustique à ma cousine depuis quelques années maintenant et que j’ai plus que la basse et des guitares électriques pour composer… Sauf que moi, je compose à l’électroacoustique avec mon pédalier B2.1U de chez ZOOM et même si le résultat est correct ça reste de la boite à rythme et du multi-pistes artisanal à assembler soi-même. Et là, je suis clairement à poil et avec les enfants je n’ai clairement plus le temps.

Quand je disais que j’étais à poil, j’ai pas menti !
Et alors que je m’étais fait une raison (comme quand ça fait 6 ans que tu essaies d’avoir des enfants et que ça marche pas) et que je me suis dit « bon ben finalement niveau musique tu vas pouvoir solder ton matos parce que tu n’y toucheras probablement plus jamais », le hasard est venu s’inviter en Avril 2024. Comment ? Pourquoi ? Alors dans les grandes lignes, je suis toujours invité sur un serveur discord personnel d’une amie qui est fan de Red Dead Redemption II et de RP (Role Play). Le rapport avec la musique ? Aucun au départ… Je suivais ses pérégrinations ainsi que celle du groupe de joueur qui s’est constitué petit à petit sur ce serveur discord alors même que je ne suis pas un joueur moi-même et un jour, l’un de ces joueurs poste un lien vers une chanson qu’il a composé avec l’aide de l’intelligence artificielle. Le titre est country-western avec un fabuleux accent québécois et ça a l’air assez fameux à utiliser. Par curiosité je me connecte sur le site et je teste la version Free de SUNO. Premier test : construire une chanson qui s’appelle « le visionnaire » qui est dans l’air du temps… par rapport aux évènements du moment qui traversent ma vie privée et professionnelle à ce moment-là. Assez convaincu, je tente « la poutre » en hommage à la fameuse amie qui m’a invité sur son serveur discord et sans qui je n’aurais pas découvert SUNO.
Ensuite ? Je teste… Je reprend des démos à moi et je tente des générations par l’intelligence artificielle. À ce moment, on est sur la version 3.0 de SUNO. Les morceaux font 2 minutes max et peuvent être étendus d’une minute à chaque fois… La fête du slip c’est qu’avec 50 crédits par jour je peux générer pas mal de petits bouts pour assembler une chanson, puis une autre, puis une autre… Mais 50 crédits c’est léger vu la quantité de chansons que je vais devoir refaire ! Surtout que pour la plupart d’entre elles je vais devoir réécrire les textes voire en écrire parce que certaines démos sont restées à l’état de démo… C’est-à-dire un vieux riff enregistré dans un coin avec une structure basique et approximative. Autant dire que ça va en prendre du temps ! Et pourtant, c’est fun ! Quel bonheur d’écouter de nouvelles versions d’anciennes démos enfin complétées avec un son « propre » et écoutable ! Quelle joie de pouvoir demander à l’IA de transformer une composition enregistrée en version pop-rock en version doom gothique comme je la souhaitais à l’origine… J’ai trouvé l’outil idéal pour faire ce que je n’ai jamais réussi à faire les 16 années précédentes. Il est temps de s’y remettre en mode « Once and for all ! ». Et il y a du taf, c’est le moins qu’on puisse dire ! Et des surprises aussi… Mais on verra ça plus en détail dans la prochaine partie !

Le logo qui marque le début de cette aventure… Bah oui, là c’était que le prologue !
